Podcast Work Side Story - Yves Baden : Du terrain aux RH
Il n’a pas commencé dans les Ressources Humaines. Et c’est précisément ce qui rend son regard si juste.
Ingénieur de formation, passé par l’industrie chimique puis par près de vingt ans dans la sidérurgie - Arbed, Arcelor, ArcelorMittal - Yves Baden a longtemps évolué au cœur des ateliers, de la maintenance, du terrain. Avant de rejoindre, presque par opportunité, une fonction RH. Aujourd’hui, il est directeur des ressources humaines des CFL depuis 2015, au sein du plus grand employeur du Luxembourg.
Dans ce nouvel épisode de Work Side Story, il revient sans filtre sur ce parcours atypique, sur sa vision du leadership, sur la transformation RH à l’œuvre aux CFL - et sur ce que signifie, concrètement, “s’occuper des gens”.
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Un parcours qui ne devait pas mener aux RH
« Mon parcours est un peu atypique quand on regarde d’un point de vue RH, tout simplement parce que je n’ai pas du tout commencé dans ce domaine. »
Rien, à l’origine, ne destinait Yves Baden aux Ressources Humaines. Ingénieur, il se décrit lui-même comme n’ayant jamais été « le technicien ingénieur classique qui ne s’intéresse qu’à la technique ». Après plusieurs années en Allemagne dans l’industrie chimique, il rejoint le Luxembourg et la sidérurgie, où il passera près de dix ans dans la maintenance.
C’est là, presque par hasard, qu’il entre en contact avec le monde RH — via les négociations sociales et syndicales, dans un contexte de restructuration.
« On m’a demandé de participer aux négociations en tant qu’expert opérationnel. Et j’ai appris à connaître tout cet univers. »
Ce qui n’était pas un plan de carrière devient progressivement une évidence. Repéré pour sa posture, sa capacité à faire le lien entre terrain, réglementation et dialogue social, il se voit proposer un premier poste RH au niveau corporate chez ArcelorMittal. Puis un rôle RH opérationnel sur site, à Differdange.
Un retour sur un terrain connu, mais avec un regard neuf.
“C’est celui qui fait, qui sait”
Ce détour par le terrain n’est pas anecdotique. Il structure profondément sa manière de penser les RH.
« Je connaissais la vie du terrain, pas seulement la vie de bureau. »
Revenir sur un site industriel, en tant que RH, après y avoir travaillé comme ingénieur, lui donne une légitimité immédiate — et surtout une compréhension fine du quotidien réel des équipes.
Dans un métier de gestion humaine, cette expérience fait la différence. Comprendre les contraintes, les rythmes, les tensions, les réalités opérationnelles permet d’éviter les décisions hors-sol. De rester ancré dans le pragmatisme, sans renoncer à l’ambition.
CFL : un terrain propice à l’action
Lorsqu’il rejoint les CFL en 2015, Yves Baden ne cherche pas un changement de décor, mais un nouveau défi : « L’opportunité me semblait tellement intéressante et aussi logique pour un step suivant. »
Entreprise technique par essence, fortement ancrée dans le terrain, les CFL offrent un cadre familier — mais à une toute autre échelle. Rapidement, il se sent à sa place : « Après quelques mois, j’avais l’impression d’être comme un poisson dans l’eau. »
La fonction RH y est reconnue comme un véritable partenaire du business. Yves Baden siège au comité de direction, participe aux décisions stratégiques et pilote une transformation de fond, progressive, inscrite dans le temps long.
« Accompagner l’évolution d’une entreprise d’un point de vue RH, ça ne se fait pas en un an ou deux. C’est un long chemin. »
La mixité comme chantier stratégique, pas comme posture
L’un des chantiers les plus structurants de ces dernières années : l’égalité femmes-hommes. Un sujet que les CFL abordent sans détour, chiffres à l’appui : « Aujourd’hui, au niveau du groupe, on est à 15,5 % de femmes. »
Pas de discours lissé. Pas de faux-semblants. Ce chiffre ne reflète ni la société, ni le potentiel de recrutement. Et surtout, il constitue un risque stratégique : « Si tu fais abstraction d’un potentiel de talents féminins, ce n’est pas très intelligent, déjà à la base. »
De cette lucidité naît le programme Women@CFL, nourri par un accord européen du secteur ferroviaire (Women in Rail) et par la démarche luxembourgeoise des Actions positives. Une approche structurée, concrète, qui s’attaque autant au recrutement qu’au vécu interne.
« On ne le fait pas parce que c’est hype. Ce n’est pas du pink washing. C’est une démarche de fond. »
Empow(her)ing Journey : rendre l’engagement visible
En mars 2026, les CFL organiseront le premier Empow(her)ing Journey Summit. Un événement pensé comme un espace de partage, d’inspiration et de mobilisation collective autour de la mixité : « Ce qui est vrai pour nous doit être vrai aussi pour d’autres. On ne changera pas les stéréotypes tout seuls. »
Plus qu’un événement RH, le sommet se veut un signal fort : montrer que l’engagement est réel, assumé, et porté au plus haut niveau : « Ce n’est pas une démarche marketing. Ce qui compte, c’est la crédibilité. »
Employer branding : raconter le vrai
Aux CFL, la marque employeur ne se résume pas à une campagne. Elle repose sur les collaborateurs eux-mêmes : « On construit toute notre démarche sur les ambassadeurs internes. »
Des femmes et des hommes qui racontent leur métier, leur parcours, leurs passions. Sans artifice : « Ce n’est pas de la pub. C’est la réalité. »
Cette approche, profondément incarnée, permet de déconstruire les clichés — notamment sur une entreprise historique qui pouvait être perçue autrefois comme rigide ou vieillissante : « Grâce aux personnalités que l’on montre, on change complètement cette perception. »
Un leadership entre exigence et audace maîtrisée
Yves Baden ne se présente pas comme un leader “hors norme”. Il se définit lui-même comme atypique — et son parcours le confirme.
Profondément pragmatique, ancré dans le réel et dans le terrain, il avance sans posture. Mais ce pragmatisme n’exclut ni la curiosité, ni l’envie de faire évoluer les choses. Digitalisation, intelligence artificielle, transformation managériale : il évoque ces sujets non comme des effets de mode, mais comme des chantiers concrets, à mener dans la durée.
C’est sans doute là que se situe sa singularité : une capacité à conjuguer exigence opérationnelle et audace mesurée. Une audace qui ne cherche pas à bousculer pour bousculer, mais à faire avancer — les équipes, les pratiques, l’entreprise — pas à pas.
Ce que ce parcours raconte
Le parcours d’Yves Baden raconte autre chose qu’une trajectoire professionnelle. Il raconte une certaine idée des RH : une fonction qui gagne en légitimité quand elle se nourrit du terrain, de l’expérience, du réel.
Une fonction qui ne cherche pas à briller, mais à faire avancer.
« On ne s’arrête jamais vraiment. On n’est jamais arrivé. »
Et peut-être est-ce là, finalement, la définition la plus juste d’un leadership durable.